Ce qu'il faut retenir
- Le gain est réel à court terme : environ 90 € par mois pour 1 000 km, l'écart entre 2,30 € et 0,80 € le litre.
- La viscosité est le problème : 30 à 40 cSt pour l'huile de colza, 2 à 4 cSt pour le gazole. Un common rail est calibré pour le second.
- Les dégâts sont différés : la combustion incomplète encrasse injecteurs, pompe d'injection, vanne EGR et filtre à particules.
- Les moteurs récents souffrent plus vite que les diesels rustiques des années 80 et 90.
- La pratique est illégale, avec un risque côté douanes et côté assurance.
Septembre 2026
Le calcul qui tente les conducteurs
Début septembre 2026, le gazole tourne autour de 2,30 € le litre. L'huile de colza du supermarché, elle, reste vers 0,80 €. Certains conducteurs ont fait le calcul et versent la bouteille directement dans le réservoir. À Dijon, France 3 Bourgogne a publié sur Instagram la vidéo de l'un d'eux ; les commentaires se partagent entre soutien et inquiétude.
Le site Renseignement Économique a chiffré un cas type : 1 000 km par mois à 6 L/100 km, soit 60 litres, et un gain théorique proche de 90 € par mois — 1,50 € d'écart sur chaque litre. Le moteur démarre, la voiture roule. Les ennuis arrivent plus tard, dans le circuit d'injection.
Christine Rousselle, professeure à l'université d'Orléans et spécialiste de la combustion, résume la chose dans une formule reprise par France 3 : « Si vous remplacez le diesel par de l'huile, ça va mal finir. »
Une huile trop épaisse pour un common rail
La viscosité donne la mesure du problème. L'huile de colza affiche environ 30 à 40 cSt à 40 °C (le centistokes est l'unité de viscosité). Le gazole, lui, reste entre 2 et 4 cSt. Un système common rail injecte à 2 000 ou 2 500 bars, avec un carburant aux caractéristiques précises : l'injecteur pulvérise mal l'huile, et la combustion reste incomplète.
Le résultat de cette combustion incomplète, c'est de la suie. Elle se dépose sur les injecteurs, sur la vanne EGR (la recirculation des gaz d'échappement) et dans le filtre à particules. Christine Rousselle ajoute la pompe d'injection à la liste des pièces encrassées : l'huile de colza n'a pas les propriétés physiques du gazole, et le circuit haute pression le paie.
Les vieux diesels résistent-ils mieux ? Un peu. Les modèles des années 80 et 90, à injection plus rustique, tolèrent davantage l'huile. Les moteurs récents s'abîment beaucoup plus vite, selon la chercheuse.
À ne pas confondre avec les travaux de laboratoire sur le sujet : une équipe de l'université RUDN a fait tourner un diesel à l'huile de colza pure avec des résultats d'émissions encourageants, sur un moteur préparé et suivi pour cela. Nous en avions détaillé les conditions dans cet article sur l'étude RUDN. Verser une bouteille de supermarché dans un véhicule de série n'est pas la même expérience.
Le risque côté distribution
Sur une partie des diesels, la pompe haute pression est entraînée par la courroie de distribution. C'est le cas, par exemple, du V6 3.0 dCi P9X monté sur les Renault Vel Satis et Espace IV, où la courroie tourne sur l'axe de cette pompe et entraîne les arbres à cames d'échappement. Une pompe qui force ou qui se grippe reporte alors son effort sur un organe dont la rupture tord les soupapes.
Nous n'avons pas de mesure publiée du risque de saut de dents dans ce cas précis : nous signalons le chemin mécanique, pas une statistique de casse. La première chose à savoir reste donc si votre moteur est concerné, c'est-à-dire s'il est à courroie ou à chaîne — c'est l'objet de notre guide chaîne ou courroie par moteur, et de la fiche Renault 3.0 dCi pour le cas cité.
Illégal, en plus
Pierre Chasseray, délégué général de 40 Millions d'automobilistes, a tranché sur CNEWS : « Mettre de l'huile de colza dans son moteur diesel fonctionne, mais c'est illégal. »
Le sujet touche deux terrains distincts. Le droit douanier d'abord, puisque l'huile alimentaire n'est pas un carburant taxé comme tel. L'assurance ensuite, pour un sinistre dont l'origine serait un carburant non conforme. Nous n'avons pas, à ce stade, le détail des sanctions encourues ni de position écrite d'assureur : seule l'illégalité de la pratique est affirmée par les déclarations citées ci-dessus. Nous complèterons cette page quand nous aurons les textes.
Vous avez déjà versé de l'huile dans le réservoir
Faites contrôler le véhicule par un garagiste, en lui disant ce qui a été versé et en quelle quantité. Un mélange dilué dans un plein de gazole et un réservoir rempli d'huile pure ne se traitent pas de la même façon, et c'est l'atelier qui tranche.
Les signes à surveiller entre-temps sont ceux d'un circuit d'injection encrassé : démarrage difficile, à-coups, perte de puissance, fumée noire, voyant moteur. Au moindre de ces signaux, mieux vaut arrêter de rouler que de vider un deuxième plein.

Expert Automobile




